Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

Si le féminisme était un film d'horreur


 

Beaucoup d’évènements marquants liés au féminisme ont eu lieu ces dernières années, ces derniers mois, ces dernières semaines, ces derniers jours.

 

En 2017, suite à l’affaire Harvey Weinstein, producteur accusé de viols, l’actrice Alyssa Milano relance le hashtag MeToo aux Etats-Unis, invitant les femmes à dénoncer sur les réseaux sociaux les agressions sexuelles dont elles ont été victimes en précédant leur tweet de #MeToo (1).

 

Puis, en France, il y a eu « Balance ton porc » (2).

 

Cent femmes connues ont défendu le droit d’être importunées, confondant séduction et harcèlement (3).

 

En novembre 2019, il y a eu Adèle Haenel et son interview à Médiapart à propos d’abus sexuels subis durant son adolescence (4).

 

En janvier 2020, il y a eu Vanessa Springora et son livre « Le consentement » dans lequel elle raconte comment elle est tombée, adolescente, dans les bras d’un pédocriminel (5).

 

En février 2020, il y a eu les « Césars », des femmes, dont Adèle Haenel, se sont levées et ont quitté la salle alors que Roman Polanski était sacré meilleur réalisateur (6).

 

Il y a eu Florence Foresti qui a assuré comme une reine en tant que maîtresse de cérémonie et qui n’a fait de cadeau à personne (7).

 

Et Virginie Despentes en a pris plein la tête suite à son article "Désormais, on se lève et on se barre" (8) qui, pour le coup, avait un vrai accent de "J'accuse" comme l'ont noté les auteurs d'une vidéo sur la chaîne Médiapart dans laquelle ils s'interrogent : "Polanski, Haenel, Despentes... la France a-t-elle raté le coche #MeToo ?" (9)

 

En mars 2020, Il y a eu ces cent quatorze avocates qui ont rédigé une tribune et l’ont fait publier dans « Le Monde » (10), une tribune qui dit qu’il ne faut pas oublier que tout accusé est présumé innocent. Et elles ont dit que Roman Polanski était innocent. Et que toute femme qui dénonce un violeur est avant tout une menteuse potentielle car : « Présumer de la bonne foi de toute femme se déclarant victime de violences sexuelles reviendrait à sacraliser arbitrairement sa parole, en aucun cas à la « libérer » ». Elles ont dit aussi qu’il n’y avait rien de systémique dans les dysfonctionnements liés à l’accueil des femmes lorsqu’elles déposent une plainte pour viol, elles renvoient ainsi chacune des plaignantes à son individualité, ce que le mouvement #MeToo s’ingénie à ne pas faire.

 

Je n’ai pas compris. Ces cent quatorze avocates ont tenu à préciser qu’elles étaient féministes mais pourquoi ne se sont-elles pas réveillées plus tôt à la fin de l’année dernière, par exemple, pour faire des propositions afin de faire baisser le nombre de féminicides, l’Espagne y est parvenue, pourquoi n’y arriverions-nous pas ? Ou bien, suite à la parution de l’ouvrage de Vanessa Springora, elles auraient pu monter au créneau au sujet de l’âge du consentement dont beaucoup estime qu’il devrait s’aligner sur celui de la maturité sexuelle ou pour l’imprescriptibilité des crimes sexuelles réclamée par les victimes car le temps de dépassement du traumatisme est parfois beaucoup plus long que celui de la loi.

 

Et puis, il y a eu Lambert Wilson qui a donné son avis sur le traitement de Polanski aux Césars (11).

 

Puis, Richard Anconina… (12)

 

Puis, Catherine Deneuve… (13)

 

Et j’ai pensé à ce film, « Festen » (14).

 

Ça commence par un repas de famille festif pour les soixante ans du père, un vrai patriarche. L’un de ses fils veut porter un toast, il tape sur son verre avec sa cuillère comme le veut la coutume et puis, il balance… mais pas ce que l’on attend. Il raconte que son père abusait de lui et de sa sœur lorsqu’ils étaient enfants. Il raconte que son père est un violeur, un pédocriminel, il donne des détails sordides et il explique que c’est à cause de ce qu’il leur a fait subir à lui et à sa sœur que cette dernière s’est suicidée.

 

La réaction ne se fait pas attendre. On le vire de la table familiale.

 

On le prend pour un malade, pour un fou, il dit n’importe quoi. Le père est un homme respectable et un homme respectable ne viole pas ses enfants.

 

« Festen », c’est un film d’horreur tourné caméra à l’épaule, avec une pellicule « dégueulasse » selon le terme de son réalisateur. Un film d’horreur familiale.

 

Durant tout le film, le fils que tout le monde veut faire taire va s’appliquer à revenir.

 

On le vire. On l’expulse, on le tabasse pour le faire taire. Il revient tel un zombie et il dénonce encore et encore jusqu’à ce qu’enfin, on l’entende.

 

Pour moi, les réactions de certaines personnes face aux femmes qui dénoncent les violences masculines tiennent de ce même phénomène de déni : « Taisez-vous, on n’a pas à entendre ça, vous êtes folles, vous êtes hystériques. On est des gens respectables, Roman Polanski est un homme respectable, un artiste, ce qu’il a fait, on s’en fiche, arrêtez de dénoncer ce qu’il a fait, ça ne compte pas, ça ne compte plus. Arrêtez de dénoncer vos harcèlements, vos viols, de parler sans cesse de vos corps que des hommes ont abusés, on n’a pas envie d’entendre ça, vous mentez, vous êtes des menteuses, taisez-vous ou on trouvera le moyen de vous faire taire, on dira que vos vêtements étaient trop courts, vos décolletés trop profonds, que vous portiez un string, que vous avez été aguicheuses, que vous l’aviez bien cherché, que ce n’était pas si terrible finalement, qu’il vous a fait honneur en vous choisissant, après tout, il a rendu hommage à votre beauté, non et puis vous avez eu une compensation financière, non ? »

 

Comme le père dans « Festen » vu par la famille réunie, on ne doit voir qu’un aspect de certains violeurs, celui de leur réussite sociale, de leur respectabilité, leur face obscure qui a blessé, détruit, on doit l’ignorer, elle n’a pas d’importance parce que leurs actes destructeurs datent, c’était il y a longtemps pour le père dans « Festen », le sperme dans les cheveux de ses enfants, c’est du passé, ce dégoût qu’en éprouve encore le fils, c’est du passé.

 

On n’oublie pas la violence sexuelle.

 

C’est ce que rappelle ce femmes qui se lèvent et qui se barrent en râlant haut et fort. On grandit avec, on se construit avec mais on ne l’oublie pas.

 

 

 

 

(1)https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_MeToo

(2)https://www.balancetonporc.com/

(3)https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/09/nous-defendons-une-liberte-d-importuner-indispensable-a-la-liberte-sexuelle_5239134_3232.html

(4)https://youtu.be/5QbNS4Aan3I

(5)https://youtu.be/WShbvWYXmXA

(6)https://youtu.be/sAF7MnreV3Y

(7)https://youtu.be/LTdEPegDPWk

(8)https://cerveauxnondisponibles.net/2020/03/01/desormais-on-se-leve-et-on-se-barre-virginie-despentes/

(9)https://youtu.be/qrpyuxSbrdM

(10)https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/08/justice-aucune-accusation-n-est-jamais-la-preuve-de-rien-il-suffirait-sinon-d-assener-sa-seule-verite-pour-prouver-et-condamner_6032223_3232.html

(11)http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18688152.html

(12)https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/cesar-2020-florence-foresti-taclee-par-richard-anconina-son-salaire-de-130-000-euros-a-peut-etre-modifie-son-comportement_444226

(13)https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/video-il-a-paye-assez-cher-catherine-deneuve-defend-une-nouvelle-fois-roman-polanski-dans-c-a-vous_434147

(14)https://fr.wikipedia.org/wiki/Festen

 

 

 

 

Sandra Ganneval, écrivaine indépendante

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24/03/2020
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