Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

"La Melly Touch", chapitre 2

Je sais que certains d'entre vous l'attendaient avec IMPATIENCE. Eh bien, le voici ! Je vous offre le second chapitre des AVENTURES DE MEL. Vous vous souvenez ? La superbe Mel qui ne se prend pas pour n'importe qui et qui, d'ailleurs, n'est pas n'importe qui ;) a rendez-vous avec l'homme de sa vie. Mais Gaby, peu impressionné par sa Déesse de copine, ne se gêne pas pour la faire attendre... Lui cacherait-il quelque chose ?

 

 

 

 

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, au terme de l’article L. 122-5 (2è et 3è a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque. » (art. L. 122-4)

 

© Sandra Ganneval éditions, 2020

Tous droits réservés

 

 

 

 

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2

 

Mais il est tout le temps en retard. C’est sa marque de fabrique. Il ne comprend pas que ça va dans le sens des stéréotypes que tout le monde a en tête par rapport à nous.

 

Il ne comprend pas. Non, mais allô ? C’est pas sorcier, quand même, de comprendre ça !

 

Si t’es noir et que tu es en retard, il y aura toujours un petit malin pour dire que tu es en retard parce que tu es noir, sous-entendu, tu es nonchalant, sous-entendu, tu n’es pas fiable, sous-entendu, la génétique a fait de toi un ramolli du bulbe par le soleil auquel ont été exposé tes ancêtres…, cliché, cliché, cliché…

 

Lui, il dit, il s’en fout, il n’est pas ponctuel, c’est tout et ça n’a rien à voir avec la couleur de sa peau. Il est toujours à la bourre. Point barre. Que, quand il était petit, l’école était en face, mais que ça ne l’empêchait pas d’arriver en retard, le matin. Que c’est moi qui m’enferre dans le racisme en reliant un défaut à une couleur de peau. Conclusion : je pense petit, il est temps que j’apprenne à penser grand. Parce que Monsieur pense grand, Monsieur a de l’ambition. Mais quand je lui demande de développer, on dirait qu’on aborde un sujet secret-défense. Il y a ce truc qu’il doit mettre en place avec machin, un bidule sensationnel qui étonnera tout le monde. Il est très doué pour ne rien raconter tout en disant pas grand-chose.

 

Comment j’aurais pu me douter que cette journée allait se terminer comme ça ?

 

Un dimanche, un beau dimanche de juillet, le premier dimanche de juillet. J’ai eu 16 au Bac de français alors que je pensais avoir 7, se pourrait-il que l’examinateur ait été sensible à ma plastique ? En tout cas, pendant que je bafouillais, rassemblant mes souvenirs de révision de dernière minute pour décortiquer cette histoire de jardin à cultiver, j’ai trouvé qu’il ne me regardait pas beaucoup dans les yeux, ce monsieur.

 

Je pars en Espagne avec ma copine Stacy, ses parents et ses deux cousines. Tout va bien. J’adore Stacy, ses parents sont les plus cools du monde et elle m’a certifié que ses cousines étaient sympas.

 

Je suis assise, tranquille, en terrasse d’un fast-food, avec mon milk-shake fraise à nous imaginer sur la playa, et je l’attends, l’homme de ma vie d’aujourd’hui, en pianotant sur mon téléphone.

 

Je mange ce que je veux, je ne prends pas un gramme. « Profites-en, ça ne va pas durer », dit ma mère en caressant son petit bedon. Dois-je y voir une nuance de jalousie ? Effectivement, si je regarde des photos d’elle jeune, on nous prendrait pour des sœurs.

 

Quelle heure est-il ? Dix minutes de retard. Si je sortais avec une fille comme moi, je m’interdirais d’être en retard, j’aurais trop peur qu’un autre me la pique. Ben, mon mec, il a la confiance puissance cent mille, il croit à ma fidélité éternelle, d’accord, il n’a pas tort, je pense que c’est le bon, cette fois-ci.

 

Mais je devrais lui donner des raisons d’avoir peur, des raisons de faire des efforts.

 

Gaby me traite de psychorigide. Ça, c’est son mot préféré, je suis un mélange de psychorigide et de rigoureusement sexy. S’il n’avait pas cette bouche à croquer et ses beaux yeux verts ! Lui, il n’a pas besoin de simuler, la nature l’a gâté sur ce plan, et sur les autres.

 

Il arrive toujours comme ça, furtivement. Je ne sais pas comment il fait. Pourtant, je surveille, je vous jure que je surveille, toutes les cinq secondes, je lève les yeux de l’écran et donne un coup d’œil circulaire, genre autruche qui évalue ses chances de survie en milieu hostile. Mais le problème, c’est que je n’ai que deux yeux. Il m’en faudrait une couronne pour le voir arriver, ce crétin. Chéri crétin. Trop mignon, et qu’est-ce qu’il sent bon !

 

Comme l’a dit mon Idole :

 

« L’odeur de mon homme m’envoûte. C’est à cela que je sais si je suis amoureuse. Je me regarde dans la glace et j’ai l’air d’avoir été ensorcelée. »

 

Je lui tends mes lèvres, mais, comme à son habitude, il me fait un bisou sur la tempe parce que c’est là où la couche de maquillage est la moins épaisse, dit-il pour se moquer, mais, en vrai, c’est parce qu’il est pudique, et ça, j’adore, c’est comme un rituel entre nous. Je fais exprès de me tourner d’un côté, lui fait exprès de se tourner de l’autre. On joue, sans en avoir l’air. Il m’agace avec plaisir.

 

– Ça va, Bébé ?

 

Et là, je le sens, gros comme un climatiseur que quelqu’un de mal intentionné se préparerait à balancer sur ma tête du haut de l’immeuble derrière nous. Oui, l’instinct féminin, ça existe. Oui, nous, les femmes, on sait mieux que les hommes ce qu’ils ont dans et derrière la tête. Oui, un demi-milliard de fois oui.

 

Et puis, j’ai été obligée de regarder des épisodes de « Lie to me »*(*série américaine mettant en scène un scientifique spécialisé dans la détection de mensonges), le temps que mon père s’endorme devant la télé et m’abandonne la télécommande.

 

Je suis sur mes gardes tandis qu’on échange des banalités.

 

– T’es en retard.

 

Il a le regard fuyant.

 

– C’est parce que je suis noir.

 

Il se frotte les mains d’un air ennuyé. Je m’en lave les mains ? Hum… Que signifie ce geste ? Je dois me laver les mains d’une faute ? J’ai les mains sales ?

 

– C’est parce que tu ne respectes rien ni personne, et surtout pas toi-même.

– J’ai beaucoup de respect pour moi-même et pour les autres.

 

Soudain, il lève la tête et me jette un regard perçant. Je sens que je fonds, que je me liquéfie, que je ne vaux plus grand-chose, que je ne sais plus où j’en suis, j’ai des papillons qui dansent dans mon ventre, ça me chatouille de partout.

 

– Tu sais, tu es belle.

 

Oui, je sais !

 

– Merci !

 

C’est pas si souvent qu’il énonce cette vérité.

 

– Tu serais aussi belle sans la couche de maquillage et sans les moule-foufounes.

 

Là, je sursaute, je croirais entendre ma petite sœur si c’était le genre de vocabulaire qu’elle utilisait, en tout cas, le ton est identique.

 

– Sexy, suggestif, je veux bien, mais pas moule-foufoune, s’il te plaît, c’est vraiment vulgaire comme expression.

 

Il se renfrogne.

 

– Rappelle-moi combien de temps tu passes devant le miroir chaque matin, pour arriver à ça ?

– Dix minutes, maximum, c’est une routine pour moi, tu sais.

 

Vingt minutes, en réalité… vingt-cinq si je suis fatiguée, mais je réserve trente minutes le matin à être la meilleure administratrice de ma personne. Une demi-heure, qu’est-ce que c’est quand on vise l’excellence ? Je commence par appliquer une base non grasse avant de déposer mon fond de teint par petites touches, ensuite, j’applique un anticerne, indispensable pour qui vise la perfection, l’arc de mes sourcils, je l’aime trop, je les brosse et les ébouriffe légèrement pour leur donner l’aspect de ceux de mon Idole, je les fixe avec un gel, ensuite, je matifie mon visage, oui, il faut matifier pour éviter que ça brille, j’utilise un spray pour fixer la poudre. Les jours d’école, je dois m’en tenir à un maquillage minimaliste, sinon je risque de me faire renvoyer à la maison ; en revanche, le reste du temps, je me fais plaisir.

 

Si ma petite sœur entre dans la salle de bains à ce moment-là, elle fait mine de sursauter de peur et j’ai droit à un « Salut, pastel ! » ou fusain, ou peinture à l’huile ou peinture à l’acrylique, au choix, mais, ça c’est gentil, quand elle est mal lunée, et elle l’est souvent, j’ai droit à « Valentine », « Siapoc », une peinture utilisée aux Antilles et dont le slogan est, en gros, quel que soit le temps, « Siapoc tient bon ! ». Mais le pire, c’est quand elle m’appelle « ÇA», le vilain clown de Stephen King.

 

Si elle avait une amie youtubeuse mode et maquillage comme moi, elle comprendrait que je n’ai pas le droit de me laisser aller, Trisha met la barre très haut.

 

Gaby non plus ne peut pas comprendre. Aucun homme ne peut comprendre. La beauté féminine ne peut parler qu’à la beauté féminine, finalement.

 

Quand j’aurai moi aussi ma chaîne YouTube, que je conseillerai mes millions d’abonnées, que les couleurs que je choisirai chaque jour sur ma palette de maquillage pour appliquer sur mon visage seront les mêmes qu’elles choisiront pour appliquer sur leur visage, que chacun de mes choix en la matière sera tendance, alors là, on en reparlera.

 

Je suis obligée d’attendre mes dix-huit ans pour créer ma propre chaîne et transmettre ma vision de ce qu’une femme se doit d’être.

 

Mon père est allergique à l’idée que je me retrouve affichée sur Internet. Pour lui, il s’agit de filmer sa vie et de la dévoiler. Pour lui, on dirait que ça veut dire que je vais finir à poil sur la toile, immobilisée telle une mouche, cerclée par des centaines de pervers, des araignées virtuelles qui se précipiteront pour me dévorer. Il s’est calmé, mais à une époque, en plus de m’imposer le contrôle parental, il vérifiait mon historique de navigation. L’effacer ? N’y pense même pas. Mais depuis qu’il a arrêté, je me suis risquée à envoyer quelques photos de moi à Trisha quand elle fait ses concours et qu’elle demande à ses fans de lui envoyer des photos d’elles maquillées selon ses conseils, j’ai gagné une mallette de maquillage de ouf.

 

J’ai compris deux ou trois choses sur la façon de mentir. Tu crois que la franchise se traduit par un regard qui ne cille pas ? Ben non, au contraire, il vaut mieux balancer les mots avec légèreté comme s’ils n’avaient pas la moindre importance, avec détachement sans forcément regarder ton interlocuteur tout le temps dans les yeux en ayant l’air de crier  « tu vois je suis honnête et sincère puisque mon regard n’est pas fuyant ». 

 

Tout ça pour dire que le regard de Gaby a l’air trop franc pour être honnête.

 

Il dissimule ses mains sous la table et il n’a rien pris à boire alors qu’il adore commander un soda, l’avaler vite fait et puis souffler dans sa paille pour percer les glaçons, les entrechoquer en faisant tournoyer son gobelet, parce qu’il sait que ça m’agace, ces petits bruits.

 

Tout ça sent l’œuf pourri à deux mille mètres.

 

 

 

 

 

 

 

 

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22/06/2020
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