Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

"La Melly Touch", chapitre 3

 

 

 

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, au terme de l’article L. 122-5 (2è et 3è a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque. » (art. L. 122-4)

 

 

 

© Sandra Ganneval éditions, 2020

 

Tous droits réservés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3

 

Trisha, ma youtubeuse préférée, s’est fait larguer par son mec par SMS. Oui, par SMS ! Et elle a eu l’honnêteté d’y consacrer une vidéo. Pas seulement pour saccager la réputation de son gars, pas seulement pour nous expliquer que les mecs sont de gros lâches même pas foutus de nous larguer en direct, mais surtout pour partager son expérience. Ben ouais, c’est ça, mes arguments pour convaincre mon père, Pa’, YouTube, c’est fait pour partager, c’est altuiste. Ma petite sœur m’a reprise avec son air de mademoiselle je-sais-tout qui sait rien : « Altruiste, on dit. » Seigneur Dieu, fallait que quelqu’un ait un cerveau dont toutes les connexions neuronales soient au taquet chez nous, et il fallait que ce soit cette peste !

 

En général, je parle, Gaby écoute, avec l’air, parfois, d’halluciner mais l’air de l’halluciné amusé. Je trouve ça plutôt magique comme attitude. Aujourd’hui, soit il me fixe bizarrement, soit il fuit mon regard, et on ne parle pas beaucoup, je suis trop attentive à lui pour ne pas être gênée par sa façon de se comporter. Peut-être que je me fais des idées. Peut-être qu’il ne pense à rien de particulier.

 

La question jaillit :

 

– Qu’est-ce qui ne va pas ?

 

Je l’interroge, pour en avoir le cœur net. Mon intuition va-t-elle être confirmée ? Vais-je plutôt, et je préférerais ça, apprendre que son attitude n’a rien à voir avec nous, ce qui fait qu’on est nous, nous le couple Mel et Gaby, que rien ne va remettre en question ce qui fait que, lui et moi, on est devenus nous.

 

Il répond du tac au tac en fuyant mon regard.

 

– Tout va bien.

 

Ouh là, toi, tu me caches quelque chose.

 

Je sens sa main qui se pose sur mon genou, sous la table, gentiment, comme il sait faire. Côté respect et patience, il est plus que parfait, il a compris, j’ai beau mettre mes arguments en valeur, cela ne veut pas dire que je passe systématiquement à la casserole, non, c’est pas open bar chez moi, je ne suis pas pressée, il n’y a pas urgence, ce sera sûrement avec lui, d’ailleurs, mais quand je l’aurai décidé. Mon Idole exprime ma vision de la sexualité avec tant de sensibilité :

 

« Ce n’est pas parce que j’ai l’air d’une fille facile que j’en suis une. Une fille facile, d’ailleurs, qu’est-ce que c’est ? On parle toujours de fille facile mais cela ne vaut pas pour les mecs. En tout cas, moi, j’ai pris mon temps pour coucher. Ça a été seulement quand j’ai voulu. Et mon chéri, je l’ai fait mariner, croyez-moi. »

 

Sa main retient mon attention plus que ne le feraient ses yeux.

 

– Bébé, tu crois qu’un jour, tu pourrais…

 

Il hésite, toujours le regard fuyant. Je bats des cils. J’aime cette moue qu’il affiche quand il cherche ses mots, j’aime la petite fossette dans son menton, ben, en fait, j’aime tout chez ce gars. S’il me demandait de coucher avec lui, là, tout de suite, je crois que je dirais oui.

 

Je laisse ma paille tomber dans mon gobelet en retenant ma respiration.

 

– Tu crois qu’un jour je pourrai te voir sans…

 

Culotte ? D’accord, tout de suite même, là, si tu veux. Je me sens tout excitée, je dois dire.

 

– Tu sais, sans…

 

De l’index, il fait le tour de mon visage, à bonne distance car il sait que le terrain est miné. On ne touche ni à mon visage ni à mes cheveux.

 

– … peinture…

 

Il a lâché le mot comme si c’était un gros mot. Et la magie est morte. Peinture ? Est-ce qu’il a dit « peinture » avec autant de subtilité que la peste qui me sert de petite sœur ? « Peinture » pour parler de mon maquillage, « peinture » pour parler de ce qu’il y a de plus sacré dans ma vie, de ce à quoi j’ai passé un long quart d’heure ce matin, bon d’accord, vingt minutes. Enfin, je veux dire, se peut-il que nous soyons si éloignés l’un de l’autre sur le plan esthétique ?

 

Se peut-il que la seule personne de sexe masculin avec laquelle je puisse avoir une relation épanouissante soit un homosexuel du nom de Taby travaillant chez « Aphrodite, la Reine, c’est vous », l’espace beauté où je passe le plus de temps après ma salle de bains ? Je suis leur meilleure cliente, c’est simple, si j’entre là-dedans, c’est sûr que je repartirai avec des euros en moins dans mon porte-monnaie. Mon rêve : créer ma propre ligne de maquillage. En attendant, je fais des mélanges avec ce qui existe déjà. Et c’est de l’art, n’en déplaise à ce crétin ! Et c’est du maquillage, n’en déplaise à ce couillon !

 

Pas de la peinture ! Du maquillage ! Du ma-quill-a-ge ! Au-secours !

 

Je croyais qu’il avait compris. Je croyais qu’il m’avait comprise, qu’il acceptait et assumait ma créativité.

 

Je suis tellement en colère que je n’arrive pas à parler. La pression de sa main s’accentue sur ma jambe. Il doit sentir que je suis au bord de partir en live. Je dois avoir mon regard de serial killeuse, celui qui créé un espace de sécurité entre moi et les mains baladeuses dans le métro.

 

– T’es sérieux, là ? Non, mais, t’es sérieux de chez sérieux, là ?

 

Ma voix tremble. Mes mains montent vers mon visage dans un mouvement de colère, je suis tentée de les plaquer sur mes joues, mais je m’arrête à temps. Suite à un long entraînement, je n’y touche pas dans la journée sauf pour effectuer des retouches. Malgré l’usage intensif que je fais du « must have », à savoir mon fixateur chouchou, je pratique une discipline de fer à ce niveau.

 

Je prends une profonde inspiration. Je me souviens de ce qu’a dit ma coach de vie, mon Idole :

 

« La maîtrise de soi, c’est la clef. J’ai encore beaucoup de travail à faire dans ce domaine, mais je suis une bosseuse. »

 

Elle m’incite au self control. Je suis beaucoup trop émotive, trop réactive, alors, je dois apprendre à me maîtriser, comme elle.

 

Je me redresse. Je me tiens droite et je souris. Enfin, sourire, c’est un grand mot, Paul Ekman, le psychologue expert en détection de mensonges dans « Lie to me », verrait immédiatement que mon sourire est faux. Je prends sur moi. Ce qui me rassure, c’est que je sais que mon visage est parfait, et que ce type, aussi beau soit-il, ne me mérite pas. Je retiens un tchip, mais pas pour longtemps si ça continue comme ça.

 

– Non, mais sérieux, Bébé, des fois, eh ben, j’ai l’impression que… que, ben, tout est faux sur toi.

 

Et il me désigne d’un geste de la main, genre le magicien raté qui se rend compte après coup qu’il a loupé son tour.

 

– Ben ouais, qu’est-ce qu’il y a de vrai sur toi ?

 

Alors là, j’en reste muette, avec l’impression que ma mâchoire est tombée sur mes seins et qu’elle dégringole sur mes genoux.

 

Je ne me déguise pas, je me mets en valeur. Être féminine, c’est ça, non ? Se coiffer avec élégance, se maquiller avec goût, se parfumer avec délicatesse, avoir les ongles des pieds et des mains manucurés, rendre le laid supportable, améliorer le médiocre, sublimer le moyen et diviniser le beau, ben oui, c’est ça, être une femme. Une femme, surtout une Française issue de l’outre-mer, ne peut pas se permettre d’être médiocre, en tout cas, moi, je ne peux pas me le permettre.

 

– Tes cheveux ne sont pas à toi.

 

Ben si, je les ai payés, et cher, même, en cheveux naturels qu’elle est, ma perruque, d’une teinte assortie à la couleur de ma peau, et elle m’a coûté une petite fortune. Je n’ose même pas en dire le prix, une partie de moi en est encore sidérée. Là, c’est ce que je porte de plus cher sur moi.

 

– Si ça se trouve, ils viennent d’Inde, tes cheveux, tu sais…

 

Oui, ça va, je sais, je sais, les pauvres Indiennes qui donnent leurs cheveux en sacrifice à je ne sais quel dieu et quelqu’un d’intelligent qui a compris comment faire du business, plutôt que de les laisser pourrir sur place, les ramassent, en fait des perruques ou des mèches, et nous les vend à nous qui n’avons pas la chance d’avoir des cheveux doux et raides, mais des cheveux crépus et impossibles à coiffer. Et alors ? Où est le problème… ? Non mais, il est où ? Tout le monde porte des fausses mèches, naturelles ou pas, c’est l’un des plus gros business de la terre, alors faut arrêter d’essayer de me culpabiliser là-dessus, ça ne marche pas !

 

Je m’apprête à le rembarrer, mais il poursuit.

 

– J’avoue, j’ai du mal à comprendre comment tu peux porter les cheveux de quelqu’un d’autre sur ta tête. Ça me dépasse.

 

Je n’arrive pas à parler. Les mots cascadent dans mon cerveau, mais je n’arrive pas à les sortir.

C’est l’attaque de base qui m’a désarmée. Qu’il s’en prenne à mon maquillage puis à mes cheveux dans la foulée, c’est trop dur pour mon ego. Parce que je suis fragile, moi. Comme l’a dit mon Idole :

 

« Quand on me frappe, je tombe. »

 

Elle a dit aussi :

 

« Je me relève et je réplique. »

 

– Tes yeux, aussi, avec ces lentilles. Comme si tu avais besoin d’avoir les yeux caca d’oie pour être jolie. Tu es parfaite telle que tu es… enfin, telle que je ne t’ai jamais encore vue, j’imagine que tu es parfaite telle que tu es…

 

Soudain, j’ai une illumination, je sais ce qui se passe : sa mère !

 

 

 

 

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29/06/2020
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