Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

"La Melly Touch", chapitre 4

Alors, est-ce bien la mère de Gaby, la coupable ? Aurait-elle dit à Gaby de renoncer à sa Déesse de copine s'il ne veut pas qu'elle le déshérite ? La réponse dans ce chapitre. Bonne lecture !

 

 

 

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, au terme de l’article L. 122-5 (2è et 3è a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque. » (art. L. 122-4)

 

 

 

© Sandra Ganneval éditions, 2020

 

Tous droits réservés

 

 

 

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4

 

 

C’est sa mère !

 

Elle me déteste. On ne s’est vues qu’une fois depuis que je sors avec Gaby, mais le regard qu’elle m’a lancé ! En quelques secondes, elle m’a détaillée de la tête aux pieds, puis des pieds à la tête. J’ai l’habitude que les femmes, surtout celles qui ont passé le cap fatidique ou maquillage veut dire maquille âge, maquille ton âge, quoi, me regardent de cette façon, alors, ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Je me suis juste retenue de la toiser et de lui balancer une méchanceté. C’est la mère de mon chéri, quand même, je n’ai pas spécialement envie de me griller avec elle, quoique, j’ai senti que je m’étais grillée juste en étant moi. Et ça, qu’est-ce que j’y peux ? Heureusement, j’avais en tête cette phrase de mon Idole :

 

 « À part moi, personne ne peut me dire qui je suis. »

 

Je m’estime hautement, et je n’ai pas besoin de l’estime de la mère de Gaby pour exister. Mais je suis polie et prévenante, et amoureuse, aussi. Sa mère a dû passer à l’offensive et me casser en rafales ces derniers jours. Ça ne m’étonne pas, c’était évident qu’elle n’était pas d’accord avec son choix, mais qu’elle serrait les lèvres pour ne pas me balancer une vacherie devant son fils.

 

Et lui, tranquille, il m’assumait comme se doit de le faire un mec qui a les couilles au bon endroit. Enfin, ça, c’était avant. Avant aujourd’hui. Aujourd’hui, où toutes mes illusions s’effondrent tandis qu’un clodo s’approche de notre table pour mendier pas un centime, pas cinq centimes, pas dix centimes, pas vingt centimes ni cinquante, mais deux euros, oui, carrément ! Deux euros !

 

– Dégage !

 

Oui, je suis mauvaise. Oui, c’est mal parce que j’ai été élevée dans la charité chrétienne, mais là, tu vois, la charité chrétienne, rien à cirer, je suis en mode pas charitable du tout.

 

J’hallucine, Gaby lui lance une pièce de deux euros, qu’il rattrape au vol et qui va sûrement lui servir à acheter sa prochaine bière. Je vois des bestioles grouiller dans ses cheveux, non, en fait, ils sont trop agglutinés par le gras et la poussière et des choses que je ne veux même pas imaginer pour que quoi que ce soit bouge à l’intérieur de cette masse compacte qui forme des locks répugnantes.

 

Je suis prise de nausée et je détourne les yeux. Je frissonne et sens le parfum au creux de mon poignet.

 

Crado numéro un pointe un doigt vers moi et ricane, montrant ses dents abîmées, malgré la distance qui, heureusement, nous sépare, je suis certaine de sentir les relents de son haleine infecte, et ma nausée s’accentue.

 

Vanitas vanitatum, omnia vanitas, marmonne-t-il entre ses dents en hochant la tête genre vieux sage de la montagne.

 

Quelle langue c’est, ça ?

 

Et il s’éloigne en faisant un clin d’œil à Gaby. Et là, ben, c’est évident que je tchipe, j’ai tchipé longtemps et fort, ma lèvre inférieure m’a fait mal, et elle ne s’est jamais autant allongée qu’au moment de ce tchip-là.

 

Un tchip historique.

 

J’ai même pas envie de savoir ce que ce déchet a dit, je m’en contrefiche puissance mille.

 

– Vanité des vanités, tout n’est que vanité. Ça, pour un message, c’est un message. Tu te rends compte de ce qui vient de se passer ?

 

Je me rends compte que j’ai besoin d’aller aux toilettes pour voir dans quel état est mon visage après toutes les émotions fortes que je viens de traverser. J’ai besoin de me rassurer en sachant que, lorsque je traverserai la salle, j’attirerai quelques regards meurtriers de la part de mes congénères, et plein de regards intéressés de la part de ceux de Gaby.

 

Je l’ai mérité, ce moment de gloire, dérisoire pour Gaby, j’ai compris, mais tellement agréable pour moi qui ai un besoin vital de voir mon moral remonter en flèche. Quand je suis arrivée tout à l’heure, j’ai entendu une fille dire à son mec : « Tu veux mes yeux ? » Et j’ai souri de satisfaction, discrètement.

 

– « Vanité des vanités, tout n’est que vanité », c’est un passage de la Bible. Je ne sais pas comment ce type est devenu clodo, j’aurais aimé discuter avec lui. Quand tu vois les gens, comme ça, à la rue, t’as jamais envie de leur demander comment ils en sont arrivés là ? Parce que, c’est sûr, ils ont eu une vie avant.

 

Ben là, tu vois, non, pas mais pas du tout. Je n’y pense même pas, à leur vie d’avant, tu vois, parce que leur vie présente, elle me dérange déjà trop à aspirer mon air avec sa mauvaise odeur.

 

Et les pires, c’est ceux qui montent dans le métro pendant que j’y suis et qui m’envahissent avec leur fumet de gars qui ne s’est pas lavé depuis l’invention d’Internet, ils passent entre les gens en mendiant et en essayant de te coller leur crasse, j’ai qu’une envie, crier et me gratter dès que je les vois. Je me retiens, mais faut pas qu’il y en ait un qui m’effleure. Je me ratatine, je vise l’épaisseur d’une feuille de papier et je me mets en apnée le temps que l’élément perturbateur disparaisse et que mon monde revienne à la normale. Et il va sans dire que donner un centime aux clodos ne fait pas partie de mes bonnes actions quotidiennes. Je suis partante pour les plaindre, mais de loin. Oui, je sais, c’est pô bien de penser comme ça, mais j’assume !

 

– « Vanités des vanités, tout n’est que vanité. » Oui ! C’est tout à fait ça, dit mon bébé, mon copain, mon petit ami, mon boy friend, mon chéri, mon quem, mon mec, mon doudou d’amour, mon chouchou, mon sexy chocolat… mais a-t-il encore droit à un seul de ces titres ?

 

Un bout de moi est en train de mourir ici, sur la terrasse d’un fast-food de banlieue. Je savais qu’on n’aurait pas dû se donner rendez-vous ici. Je le savais. Ce lieu n’est pas à ma hauteur. Qu’est-ce qu’une belle fille comme moi fait à la terrasse d’un fast-food ? Franchement, je mérite mille fois mieux !

 

C’est ce que dit souvent Trisha, ma pote youtubeuse, à ses fans, en nous donnant le sentiment qu’elle nous parle de manière individuelle : « Chérie, tu vises trop bas. T’es au top et tu vises du bas de gamme. La tirelire, ça ne s’utilise pas au hasard. » J’ai noté en commentaire, étonnée : « Qu’est-ce que tu appelles la tirelire, Trisha ? » Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Et comme elle répond à tous les commentaires sans exception (enfin, elle a une équipe qui l’aide pour ça), dans la vidéo suivante, elle a eu un geste des deux mains en forme de cône vers le bas de son corps, vers son entrejambe : « Oui, la tirelire, c’est ça, les filles ! » Et les haters s’en sont donné à cœur joie, la traitant de tous les noms, mais elle a l’habitude, c’est la rançon de la gloire. Et moi, devant mon écran, j’ai halluciné, j’étais choquée, et puis j’ai rigolé. La tirelire. Qu’elle appelle sa foufoune une tirelire me perturbe jusqu’à aujourd’hui.

 

Même si, comme l’a dit mon Idole :

 

« Une femme doit être consciente de ses atouts afin de mieux les utiliser. »

 

Bon, soit, mais de là à considérer que ce que j’ai entre les jambes est une tirelire, il y a un pas que je me refuse à franchir. Je suis romantique, moi, contrairement à Trisha, je ne me monnaye pas, je me donne, enfin, je suis prête à me donner si la personne en face de moi semble en valoir la peine. Et il me paraissait en valoir la peine, mon Gaby. Se peut-il que je me sois complètement trompée, plantée, totalement ? On dirait que c'est ça, j’ai commis l’erreur du siècle en imaginant une longue histoire entre Gaby et moi. Tout à coup, je ne le reconnais plus, je ne sais plus qui est ce type en face de moi, on dirait un étranger total.

 

Que ferait mon Idole dans cette situation précise ? Comment réagirait-elle ? Je me souviens que, dans l’une de ses interviews, elle expliquait, qu’à ses débuts, tant de gens ne la comprenaient pas, que cela la touchait, qu’elle en souffrait, surtout que, parmi ces gens, il y avait des très proches, sa mère, en particulier, mais qu’elle avait continué, elle avait continué à cultiver son propre style malgré les remarques, les insultes, et cela l’avait fortifiée, elle en avait fait une richesse, et quelle richesse !

 

Aujourd’hui, compliments et insultes glissent sur elle car elle sait qu’ils sont le revers d’une seule médaille.

 

Elle chante :

 

« Si mon succès vous ennuie, intéressez-vous à quelqu’un d’autre, si vous aimez mon succès, dansons ensemble. »

 

Rien de plus vrai, personne ne t’oblige à te concentrer sur une chose juste pour la critiquer.

 

Pourtant, les gens adorent ça, se focaliser sur ce qu’ils ont décidé qu’ils n’aimaient pas, poussés par le plaisir de le descendre, de lui marcher dessus, de s’essuyer les pieds dessus, ils ont l’impression d’être importants parce qu’ils ont donné leur avis, mais tout le monde s’en fout, de leur avis. Ils ne se rendent pas compte qu’ils font juste de la pub à ce qu’ils détestent, que c’est tout bénef pour ce qu’ils disent détester.

 

« Parlez de moi et je fais le buzz. Si vous ne voulez pas que je vende des disques parce que vous n’aimez pas me voir en dessous sexy sur leur couverture, ne parlez de moi ni en bien, ni en mal, mais je vous comprends, dire du mal, c’est le truc le plus jouissif de la planète, alors, faites-vous plaisir et faites-moi vendre plus de disques, j’ai une nouvelle maison à acheter. »

 

Heureusement que les paroles de mon Idole résonnent comme ça à mon oreille sans que j’aie rien à faire pour cela. Elle fait partie de moi.

 

Alors, je vais vous dire, la seule chose qui remplit la petite bibliothèque de ma chambre, c’est elle, tous les articles sur elle que j’ai imprimés, tous ses CD parce que le packaging en est toujours génial et que les télécharger ne suffit pas, tout est travaillé chez elle, rien n’est laissé au hasard et le visuel est à tomber, elle ose même le vintage et sort chacun de ses albums en vinyle, j’avoue, je les ai tous achetés alors que nous n’avons pas de tourne-disque, mais les pochettes, elles sont trop belles, j’ai craqué ; et aussi ces deux bouquins, des pavés qu’on lui a consacrés, rédigés en anglais, et même si je ne touche pas ma bille en anglais, je les ai lus, du début à la fin avec l’aide d’un site de traduction parce que je voulais tout savoir sur elle, et j’ai drôlement progressé d’ailleurs dans la langue de mon Idole, grâce à ces lectures. Quand une star t’inspire, elle met de la lumière dans ta vie, tu as l’impression d’avoir rencontré ton âme sœur, celle qui va te tirer vers le haut, te guider, j’ai rencontré mon Dieu vivant, enfin, ma Déesse Vivante.

 

C’est à elle que je me raccroche tandis que j’ai l’impression que tout fiche le camp.

Je suis revenue des toilettes et Gaby est debout près de la table. Je me dis que si ça se trouve il n’est pas parti simplement pour ne pas abandonner mes affaires au premier voleur venu, il n’est pas resté parce qu’il avait envie de rester. Et puis, je décide que je suis en train de me raconter des histoires, de psychoter, de me faire des films, qu’il faut que j’arrête de me prendre pour un détecteur de mensonges.

 

Il s’est levé parce qu’il a envie qu’on aille traîner ailleurs, il va sûrement me proposer d’aller voir un de ces films où les gens se prennent la tête pour pas grand-chose alors que moi, j’aime les films d’action et les films romantiques. Lui, il aime les films qui racontent une vraie histoire, il insiste sur vraie, abordent un sujet d’actualité, quand tu sors de la salle, tu te sens moins con que quand tu y es entré, tu vois. Non, je ne vois pas. Je ne vais pas au cinéma pour devenir plus intelligente, je vais au cinéma pour devenir quelqu’un d’autre, entrer dans la peau des personnages, me découvrir des super pouvoirs, regarder sauter des bombes, voir des gens agir comme des débiles, rire et pleurer, je n’y vais pas pour réfléchir au monde et au sort qui est réservé à des gens que je ne connais pas et qui resteront des étrangers pour moi.

 

Mais j’aime qu’on se dispute sur le choix du film parce que, évidemment, on n’arrive pas à se mettre d’accord et c’est excitant. Un coup, c’est lui qui gagne, un coup, c’est moi. Quand je gagne, je dois me taper ses soupirs pendant la séance et ses regards rabaissants après, mais bon, j’assume. N’empêche, moi, je peux discuter du dernier film que j’ai voulu voir avec un tas de monde, mais lui, le dernier film qu’il m’a forcée à aller voir, ben, on est tout seuls à l’avoir vu, pour ce qui est de la discussion, c’est pas gagné.

 

Il dit que les gens jouent la facilité, que c’est dommage et que c’est pour ça que le monde part en cacahouète. Il me donne parfois un peu mal à la tête.

 

Mon petit cœur saigne en le voyant debout comme ça, l’air à la fois nonchalant et préoccupé. Je connais cette tête. C’est la tête de mon père quand il doit demander à ma mère si ça ne la dérange pas qu’il sorte avec ses potes, sous-entendu, qu’il aille faire la fête sans elle et rentre probablement déchiré, ce qu’elle n’apprécie pas des masses même si mon père a plutôt l’alcool joyeux.

 

Gaby me tend la main et mes doutes se font la malle.

 

 

 

 

 

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Sandra Ganneval, écrivaine indépendante

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06/07/2020
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