Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

"La Melly Touch", chapitre 5

Coucou, tout le monde ! Êtes-vous prêts à retrouver Mel ? Après un ciné avec son amoureux, tout devrait être revenu à la normale, à moins que...

 

 

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Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, au terme de l’article L. 122-5 (2è et 3è a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque. » (art. L. 122-4)

 

 

 

© Sandra Ganneval éditions, 2020

 

Tous droits réservés

 

 

 


 

 

 

 

5

 

 

« Parfois, les hommes sont lâches et nous devons être courageuses pour deux. »

 

Putain ! Ouais ! Mon âme sœur !

 

Il va falloir que ma mère s’acharne sur ma taie d’oreiller et elle va m’engueuler, grave sérieux.

 

Pas sûr quand elle me verra traîner en pyjama toute la journée, j’aurai mon casque sur les oreilles et j’écouterai en boucle l’album le plus nostalgique de mon Idole, celui qu’elle a écrit après sa fausse couche.

 

Pour l’instant, je pleure.

 

Pour l’instant, je suis triste, mais ça ne va pas durer, la tristesse.

 

Je suis seule, dans ma chambre, j’ai la tête enfoncée dans mon oreiller et je pleure.

 

Par SMS, comme Trisha, je me suis fait larguer par SMS comme Trisha, la célèbre youtubeuse beauté (2 000 vidéos, 500 000 followers, « Trisha, la beauté a un nom, Trisha »). Quand je m’en sentirai la force, je partagerai ma peine sous la vidéo de Trisha, celle dans laquelle elle partage son désespoir avec ceux qui l’aiment vraiment, ses abonné.e.s.

 

Pour l’instant, je ne peux pas, j’ai le nez dans mon oreiller, j’y étouffe mes sanglots, j’y essuie ma morve et mon fond de teint, entre autres.

 

À un moment, j’ai pleuré devant mon miroir, pour vérifier que tout ce qui est censé être waterproof dans ma panoplie l’était. Le mascara a tenu. J’ai arrêté ma contemplation parce que mes lentilles ont été éjectées de mes yeux par le flot de larmes.

 

C’est pas beau, une femme qui pleure. Même moi qui suis super canon, je n’arrive pas à rester belle quand je pleure, surtout quand je pleure à la fois de désespoir et de colère. Mon visage se transforme en un masque horrible. On dirait que je suis en train de faire caca et de vomir, en même temps. Oui, dans ces moments-là, adieu glamour.

 

Comme l’a dit mon Idole :

 

« Oui, je suis une Déesse, mais parfois, je ne suis qu’une Déesse incarnée en humaine. Et une humaine n’est qu’un animal, vous savez, même si elle est habitée par une Déesse. »

 

Cette femme sait de quoi elle parle.

 

Il va me le payer. C’est ce que je me suis dit. C’est ce que je n’arrête pas de me dire. Il va me le payer.

 

C’est fou comme je l’ai vu venir, ce largage.

 

Ma pote, Rebecca, je la fais flipper parce que je peux lui dire ce qui va lui arriver. Des fois, elle me demande: « Alors, qu’est-ce que tu vois pour moi ? » Sans blague, elle m’appelle, et avant même de me dire bonjour, elle me balance : « Alors qu’est-ce que tu vois pour moi, aujourd’hui ? » sur le ton le plus flippé de la terre entière. Oui, je peux deviner des choses, mais ce n’est pas magique, c’est juste que je suis attentive.

 

Par exemple, je vois que Reb va se prendre le poteau parce qu’elle est en train de me regarder tout en marchant et en parlant au lieu de regarder devant elle.

 

Par exemple, je vois que Reb n’arrivera pas à attirer l’attention du beau mec assis à la table d’à côté parce qu’il a l’allure d’un mec qui ne sort qu’avec des filles qui ont un fessier de cochon d’Inde, alors que Reb a un fessier de cochon tout court.

 

Ensuite, elle croit que j’ai des dons de voyance. Je suis sûre qu’elle accepterait de me payer mes prédictions, cette idiote, elle est tellement naïve.

 

Tiens, d’ailleurs, Gaby trouvait que j’étais méchante avec elle, que je me moquais trop d’elle. J’ai pas l’impression, enfin, ce qu’il y a, c’est que Rebecca, elle tend le bâton pour qu’on la tabasse, c’est pas de ma faute quand même si je ne sais pas résister à la tentation.

 

Et puis, il a tort, je l’aime. Elle est ma confidente. Bon, peut-être parce que je suis un peu son idole, tout comme j’ai mon Idole, je suis son idole, et ce n’est pas fait pour me déplaire. Qui n’aime pas être admiré ? Seuls les hypocrites répondent moi à cette question.

 

– On mange ! Faut que tu viennes m’aider à mettre la table !

 

Ma frangine avec sa voix stridente stressante. Et elle frappe à la porte de ma chambre à coups de poing et de pied.

 

– Va te faire foutre !

 

Je marmonne dans mon oreiller. Je mange du maquillage. Il a bon goût. Des larmes. C’est salé. Et de la morve. C’est dégueulasse. Voilà jusqu’où un mec me fait descendre avec un simple SMS.

 

« Mel, je suis désolé, mais je préfère qu’on ne se voie plus. On est trop différents. Tu es une fille géniale, mais sortir avec toi, c’était une erreur. J’espère que tu vas rencontrer quelqu’un qui te mérite. »

 

Tous les mots. Qui écrit tous les mots quand il tape un texto ? Qui ? Lui ! Il n’y a que lui qui fait ça avec sa saleté d’écriture intuitive. Moi, je mange les mots, je les transforme, je les invente pasque, ben, ça sert à ça, les textos ! C’est pas un concours d’orthographe. Mais lui, toujours à aller chercher la bonne orthographe sur un moteur de recherche ou dans un recoin de son cerveau. Pour lui, faire des fautes, c’est être impoli. Pour lui, faire des fautes, c’est plus impoli que d’être en retard. Chaque fois que je lui ai envoyé un texto à l’arrache, j’ai eu droit à une leçon. Déjà, il faisait comme s’il n’avait rien compris à mon message, alors qu’il avait parfaitement compris.

 

Tiens, je me souviens que ma mère m’a dit, au début, quand j’ai commencé à sortir avec lui et que je ne parlais que de lui, qu’elle le trouvait un peu snob. Mais voilà, carrément, snobinard à la con. C’est ça. Ma mère avait vu tellement juste.

 

Je ne supporte pas le largage par texto.

 

Comment ça a pu m’arriver, à moi ? Comment c’est possible? Pas de cadeau d’adieu. Pas de fleurs.

 

Attends. Ça sert à quoi que je l’aie emmené voir tous ces films américains romantiques ? C’est pas comme ça qu’on largue la fille avec qui on a été pendant trois mois. Attends, trois mois, c’est pas rien ! J’ai une réputation. Je suis la fille canon. Je suis LA fille canon. Il est sorti avec LA fille canon.

 

Et on en revient à cette histoire de respect. Ce mec n’a aucun respect pour moi. Ce mec est un lâche.

 

Hier, je me souviens, quand je suis sortie des toilettes, que je me suis approchée de lui, tu crois qu’il m’aurait dit que c’était fini ? Ben non, il a fait son hypocrite. Il a fait son hypocrite toute l’après-midi, ce diplômé en hypocrisie appliquée ! Il a passé son bras autour de mes épaules au ciné, il a caressé un peu mes seins, il m’a laissée enlever sa main, comme je le fais toujours, il m’a embrassée et il a rigolé en sortant du ciné quand je l’ai démaquillé en disant que je l’avais contaminé. On était ensemble. On était complices. On était comme d’habitude depuis trois mois. On était un couple en devenir comme le dit si bien mon Idole :

 

« J’aime ce moment précieux, au début d’une relation, ce moment où on est en devenir. »

 

Mais moi aussi, j’adorais qu’on soit en devenir. Je pensais qu’on l’était. J’y croyais à fond. J’étais immergée dans mon rêve. Il m’est arrivé d’imaginer… qu’on avait des enfants. Si, si, je vous jure, Papa, Maman et les enfants, deux. Deux. Oui, je rêvais.

 

Brusquement, je me lève et je me place face au poster de mon Idole, celui qu’elle m’a dédicacé. Gaby disait, pour m’embêter, que ce n’était pas elle qui l’avait dédicacé, qu’elle déléguait des gens qui imitaient son écriture. Casseur de rêve, casseur de couple en devenir, casseur de tout, ce mec !

 

Elle est là, mon Idole, sur son poster, belle à tomber par terre. Franchement, si j’étais un mec, ce serait elle ou personne. Franchement, est-ce que lorsqu’on la regarde, on se demande ce qui est vrai ou faux sur elle ? On s’en fout. Elle est. C’est tout. Et s’il y a du faux, il a l’air d’être vrai. Elle ressemble à une poupée avec sa peau lisse, sa bouche qui a l’air toute douce. Elle a l’air d’une femme fatale et d’une enfant, en même temps. Et son corps, non mais, franchement, son corps, est-ce qu’il est banal ? Est-ce que ce n’est pas la féminité acceptée, assumée, magnifiée, sublimée ?

 

Bon, d’accord, elle a un coach sportif, un nutritionniste, un masseur… Bon d’accord, comme dit Reb, Photoshop a dû passer par là, mais quand même. Elle a des fesses, elle a des cuisses, elle a des seins, c’est une femme, quoi ! J’admire sa combinaison en dentelle. Il paraît que trois personnes l’ont aidée à entrer dedans tellement la texture en est délicate. Elle a été vendue un million de dollars à une vente aux enchères, cette combinaison. L’acheteur a tenu à rester anonyme. Un million ! Il y a quelqu’un qui a acheté un million de dollars la combinaison portée par mon Idole ! Gaby a dit que c’était pour se branler dessus. Non, mais, franchement. Bien sûr que non. C’est pour se recueillir et lui rendre hommage.

 

Évidemment.

 

J’aimerais que mon Idole sorte de ce poster. J’aimerais que, émue par ma détresse, elle en jaillisse, qu’elle vienne là, tout de suite, dans ma chambre et qu’elle me prenne dans ses bras, j’admirerais sa belle couleur de bois blond, oui, c’est ça, sa vraie couleur et non, elle n’est pas plus foncée, en vrai, contrairement à ce que m’a dit Gaby ! Non, elle n’a pas honte de sa couleur de peau et ne se fait pas blanchir sur ses photos ! C’est de la diffamation d’oser prétendre ça. Et non, elle ne s’est pas fait refaire le nez. Elle a toujours le même, depuis le début. Pourquoi est-ce qu’elle aurait honte de son nez ? Il est parfait !

 

Je ferme les yeux et j’imagine la scène. Non, c’est mieux que ça, j’y suis.

 

Elle : « Ce garçon ne te mérite pas. Tu es une Déesse et on ne largue pas une Déesse par SMS. »

Moi : « Sniff. »

Elle : « Ah non ! Pas de larmes ! Ce garçon ne mérite pas tes larmes. Tu vaux beaucoup mieux que cet imbécile aux yeux verts. Te souviens-tu de ce que j’ai dit à propos des larmes ? »

Moi : « Oui. »

Nous : « Des hommes m’ont fait pleurer, parfois, mais ces larmes n’étaient que des larmes de crocodile. Un homme, un vrai, te fait pleurer des larmes de joie, pas des larmes de pacotille. »

 

Mon Dieu, que c’est bon d’être contre elle, serrée ainsi. Je sais qu’elle porte comme parfum son Spicy Perfume. Je m’enivre. Mon Idole me ferait douter de mon orientation sexuelle.

 

Des coups de poing s’abattent en rafale sur la porte de ma chambre.

 

– On mange ! Faut que tu viennes m’aider à mettre la table ! TOOOOOUUUUT DE SUIIIIITE !

 

Maélice hurle, exprès, pour attirer l’attention des parents.

 

Mais me voilà ressourcée, prête à affronter le monde.

 

 

 

 

 

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Sandra Ganneval, écrivaine indépendante

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13/07/2020
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