Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

Le chômeur, ce coupable...

Vous avez remarqué comme la conception de ce qu’est une personne au chômage se modifie négativement avec le temps ?

Aujourd’hui, en France, dans l’espace médiatique, le chômeur est de plus en plus présenté comme une personne responsable de sa situation.

Point de vue mis en exergue par la posture du président actuel, Emmanuel Macron, qui, en 2018, s’adressait à un chômeur (diplômé en horticulture) en ces termes :

« Si vous êtes prêt et motivé, dans l'hôtellerie, les cafés, la restauration, dans le bâtiment, il n'y a pas un endroit où je vais où ils ne me disent pas qu'ils cherchent des gens. (…) Hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve, ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler. Avec les contraintes du métier. »





Il défend ainsi l’idée qu’il est facile de trouver du travail dans une branche autre que la tienne même si tu n’as aucune expérience dans ce secteur ni aucune formation et que si les gens ne trouvent pas de travail, s’ils sont chômeurs, c’est qu’ils ne cherchent pas au bon endroit.

Regardez tous ces emplois non pourvus !

https://revolutionpermanente.fr/Une-question-de-volonte-18-000-emplois-non-pourvus-pour-plus-de-6-millions-de-chomeurs

L’idée sous-jacente, est tout de même que si les gens sont au chômage, c’est parce qu’ils ne veulent pas travailler.

Les chômeurs ont besoin qu’on les secoue, qu’on les booste, qu’on les coache, tiens, et ils en trouveront tous du travail !

Ce qui est amusant, c’est qu’en période de plein emploi, quand on quittait un boulot sur un coup de tête avec la certitude d’en retrouver un autre, la motivation du chômeur n’était pas remise en question, on ne présupposait pas de la paresse des gens qui les incitait à rester à la maison et à bénéficier outrageusement de leurs allocations qui, à l’époque, étaient d’ailleurs beaucoup plus élevées.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Assurance_ch%C3%B4mage_en_France

Chaque année, des espèces animales disparaissent partout dans le monde.

Chaque année, des métiers disparaissent en France, délocalisés parce que la main d’œuvre est moins chère ailleurs, touchés par l’obsolescence parce que les machines font mieux le travail seules.

Prenons par exemple, les secrétaires, une espèce en voie de disparition depuis l’avènement de l’ordinateur, ce que l’on confiait à un tiers, on le fait en grande partie soi-même maintenant.

En ce moment, c’est la disparition programmée des caissières (joliment politiquement correctement nommées hôtesses de caisse, je féminise car le métier est majoritairement féminin à cause des horaires et des salaires) qui me marque.

Bientôt, dans les grandes surfaces, il n’y en aura plus que quelques-unes dont la fonction sera de contrôler le bon fonctionnement de leurs consœurs électroniques à la voix stressante, vous avez remarqué comme elle déraille légèrement sur certains sons ?

Un métier meurt sous nos yeux. Certains diront, avec tout le mépris qu’ils vouent à ce type d’emploi que ce n’est pas un grand mal.

Pourtant, les caissières, en plus de scanner nos articles, contribuent à maintenir un lien social ; pour beaucoup, cette dame derrière sa caisse, c’est peut-être une des rares occasion de leur journée de dire « bonjour », « merci » et « au revoir », d’échanger quelques mots même dérisoires, la vie, quoi, dans ce qu’elle a de plus futile et d’en apparence inutile mais qui fait que c’est la vie. Échange de banalités, parler de la pluie et du beau temps, sourire même.

Oui, les caissières vont disparaître à court ou long terme.

Et je me demande ce que les géants de la distribution vont faire de ces salaires économisés. Vont-ils les réinvestir ? Vont-ils les redistribuer à leurs actionnaires ? Vont-ils les transformer en yachts, piscines, voyages ou maison hors de prix ? L’État les taxera-il puisqu’ils auront supprimé des emplois ? Le suspense est insoutenable.

La disparition des métiers de ce genre pose diverses questions. Il faut savoir qu’ils ne sont pas forcément occupés par des personnes ayant un bas niveau de qualification mais qu’ils constituent pour certains une porte d’entrée dans la vie active (c’est le boulot que l’on prend parce qu’il faut bien gagner sa vie quand on n’est pas rentier en espérant mieux un jour comme le disait il y a quelques années Anna Sam dans son livre «Les tribulations d’une caissière », dans lequel elle racontait son parcours de Bac+5 en galère), ce sont à la fois les emplois des peu qualifiés et des surqualifiés qui ne trouvent pas de travail dans leur branche.

 

Tribulations d'une caissière.jpg


https://www.blog-emploi.com/premier-job-anna-sam-les-tribulation-d-une-caissiere/

Le problème, c’est que les emplois pour lesquels on réclame peu de qualification se réduisent et qu'au sein même de ces emplois la concurrence augmente. Je pense aux BAC++ postulant à des concours de catégorie C et réduisant ainsi les chances de ceux pour qui ils sont faits de les réussir.

On finit par souffrir d’être qualifié comme on peut souffrir de ne pas l’être même si, statistiquement,  il est quand même plus facile de trouver un emploi quand on a un diplôme ou que l’on est formé à un métier.

Pour en revenir au chômeur paresseux, nous savons, nous, qui avons été au chômage au sortir de la fac que le statut de chômeur (quand il est subi, ce qui est le cas, la majorité du temps, n’en déplaise à ceux qui s’ingénie à culpabiliser les chômeurs de leur situation) n’est pas le statut le plus sympa de la Terre, on ne le vit pas dans la sérénité la plus complète, bien au contraire : consulter les annonces, y répondre, faire des candidatures spontanées, attendre des réponses qui parfois n’arrivent jamais, aller à des entretiens d’embauche avec la boule au ventre tellement on a envie que ça marche enfin, ne pas être pris, digérer l’échec, continuer à chercher, collectionner les lettres de refus, continuer à y croire, ne pas se décourager, supporter les remarques, les commentaires de ceux qui travaillent et ne comprennent pas pourquoi on est encore au chômage, être confrontée à des agents du Pôle Emploi qui, les trois quarts du temps, ne peuvent pas nous apporter grand-chose mais que nous avons obligation de rencontrer… tout cela est assez déprimant.

Et puis, en attendant d’être embauché.e, demander les minimas sociaux si on a l’âge d’en bénéficier ou si on rentre dans les bonnes cases pour cela.

On prie pour trouver un premier boulot (qui sera rarement un CDI) en espérant que le contrat soit suffisamment long pour nous ouvrir des droits et affronter la prochaine période de chômage et, dans le meilleur des cas, on remercie nos parents qui continuent à nous soutenir financièrement. Et je parle du chômage des plus jeunes.

Et puis, il faut se heurter à certains obstacles que l’on évalue plus ou moins mal : trop jeune, trop vieux, trop qualifié, pas assez, trop expérimenté, pas assez, souffrir d’un handicap ( https://www.capital.fr/votre-carriere/entreprises-et-handicap-les-raisons-dun-malaise-1242378), être Français mais pas de nom, être Français mais avec une couleur qui ne fait pas assez français, et puis, il ne faut pas avoir de signe religieux visible même si quelques entreprises intelligentes s’intéressent plus aux compétences des personnes qu’elles recrutent, à leurs motivations, qu’à leurs origines ethniques ou à leur appartenance religieuse…

Non, ce n’est pas si simple de trouver un emploi et le chômage casse le moral, l’estime de soi, déprime, exclut aussi parce que… tenez-vous bien, quand on est au chômage, il arrive que l’on compte ses sous au lieu de dépenser allègrement en voyages lointains cette manne que représente les allocations.

https://www.lci.fr/emploi/repli-sur-soi-depression-addictions-pourquoi-les-chomeurs-ont-plus-de-risques-d-avoir-des-problemes-de-sante-2098977.html


Si les allocations chômage diminuent dans la durée et le montant, il est évident que, pris à la gorge, beaucoup seront prêts à accepter n’importe quel boulot pour lequel un recruteur acceptera le leur signer un contrat.

Reste à savoir s’ils seront embauchés. Parce que le décideur, ce n’est pas le chômeur, c’est l’employeur et les employeurs brillent rarement pas par leur altruisme.

 

 

 

 

 

Sandra Ganneval, écrivaine indépendante

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17/11/2019
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